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Mercredi 13 décembre 2006

Le métier de rocker n'est certes pas de tout repos, énergie, concentration, mémoire, scénographie, sueur, résistance à l'alcool et aux drogues diverses, éveil, sourire et négociation en fin de soirée pour tirer des thunes au cafetier radin.

Non, le métier de rocker n'est pas de tout repos. Ces jours-ci me gelant les cacahuêtes à décorer des vitrines pour Noël, en plein frimat, en plein gel debout à l'oeuvre le pinceau à la main, grelottant, autant concentré dans cette souffrance soumise qu'un pauvre mec devant une pissotière à gérer sa chaude pisse, je repensais à un concert qu'on avait donné fin janvier en plein hiver avec Chien d'Ivrogne pour une troupe de motards avinés, une concentration qu'ils appellent ça.

Non, rocker c'est pas facile, et parfois ce qui pourrait vous sembler pour un prestige, un privilège, une chance sans pareille, un don de Dieu, s'apparente souvent à un chantier éprouvant, où l'on s'y prête avec obligation et effort comme un mineur va au charbon.

Ce concert là, rendez-vous dans les bois. Les motards aiment les situations difficiles, en chier, montrer que ce sont des bêtes rompues à toutes les épreuves, qu'ils peuvent même aller plus loin si tu les provoques. Le froid ça leur fait pas peur, pour ça qu'ils boivent, ça fait descendre la température du corps, comme ça ils sont à point pour se fondre, communier avec la nature essentielle, celle des vrais hommes, celle des barbares. Ils ont même les soirées de concentration une seconde peau, leur cuir, qu'ils n'enlèvent que pour chier, et encore je sais pas, je présume.

Nous, les Chien d'Ivrogne, on aime bien les motards, on aime bien jouer pour eux. C'est des boeufs, des brutes épaisses et hyper sympas. Ils te payent à boire, te tapent dans le dos, comprennent pas ton humour mais rigolent quand même, ils en ont rien à foutre de ce que tu joue, dès l'instant que ça fait du bruit en trois accords, et qu'à un moment tu leur fait "La Grange" de ZZ Top (en yaourt avec la voix grave au début puis après tu gueules avec eux en choeurs) et un morceau de Johnny Hallyday, genre "Toute la musique que j'aime". après ils en ont rien à foutre, de toute façon ils t'écoutent pas, t'es là uniquement pour faire des bruits de guitare et de batterie.

Cette soirée là donc, au fond des bois avec un grand feu de palettes au centre comme à l'époque de Conan le Barbare la veille d'une bataille, et de la boue tout autour avec des ombres massives qui la piétinent ; boue et eau gelée égale froid au pied, direct. La salle de concert et de restauration c'est un tunnel fabriqué avec des arceaux de métal et du plastique dessus, genre serre pour navets, à l'époque de Conan ils avaient au moins des tentes en peau de chameau, là le plastique agricole c'est un peu léger par moins 5 dehors.

Evidemment au bar c'est bière, bière, bière, et au menu Chili con carne avec du pain, du vin, un bout de fromage et en dessert bière. Là tu te réchauffe. Surtout dans un cuir. Quand on joue pour des motards je mets toujours le mien, parce que tu te dégueulasses toujours et d'un coup d'éponge t'es à nouveau propre, et puis c'est chaud, c'est épais, et puis ça le fait, comme si t'étais un motard toi aussi, sauf que sur ta gueule c'est écrit "j'ai froid, j'ai peur sur un vélo à 40 km/h, et je suis là juste pour vous prendre votre thune". Donc le cuir ça tient chaud, et avec le Chili t'envoies direct des gaz, en plein set ça te réchauffe le cul, c'est toujours ça quand tu te les gêles. Je sais ça fait dégueulasse mais j'aimerais bien vous y voir vous dans les tranchées dans la Meuse en 1917, dans la boue gelée, avec des cadavres partout autour, des mecs qui titubent, touchés, qui gueulent, qui gerbent, qui t'arrosent de bière, qui te tombent dessus.

Et il faut tenir, tenir... pas de répit, c'est pour toute la nuit. Les quelques pauses, tu prends une bière, fume une clope, va près du feu pour te chauffer les pognes. T'as les doigts gelés, les cordes de gratte qui t'ont cisaillé le bout des phalanges, le tout givré dans les buées glaçantes. Le Népal, le camp de cordée à 6000 mètres d'altitude, même pas le cul d'une indigène à bouffer, que du mâle, du pur du vrai, qui beugle, qui rote, et qui se lève d'un bond pour aller faire gueuler sa monture plus fort que les autres. Le piège pour toute la nuit. Cette soirée là il faisait vraiment très froid, quand je chantais y'avait même de la vapeur qui sortait de ma bouche (comme quand t'attendais le bus à dix ans juste avant les vacances de Noël et que tu sautillais d'un pied sur l'autre pendant que les autres parlaient cadeaux, qu'ils avaient de belles godasses et que les tiennes elles avaient coûté pas cher, pour ça que tu sautillais mais que peut être ça t'avait quand même permis d'avoir une bonne note au saut en hauteur). J'avais les doigts engourdis, on jouais fort, très fort, pour nous donner coeur à l'ouvrage, pour nous persuader en plein vacarme que peut être ça avait un sens, que peut être en chier autant aussi fort ça pouvait nous offrir un salut, une réincarnation en transat ou en serviette de bain sous un cocotier à l'Ile Maurice.

Au sol y'avait quelques palettes alignées qui composaient la scène. Dix petits centimètres qui te séparent de la mer de boue, d'argile sombre baignée de bière, avec des zombies en cuir qui la piétinent. Je ne pouvais m'empêcher de penser à Steven King, à Romero, à une nuit dont tu ne reviens jamais, où t'es condamné à errer à jamais parmi les maudits, à ton corps démembré, éviscéré, qui servira en pature à des monstres aveugles, à la douleur de la machette te cisaillant les articulations, au bruit sourd de la lame qui se plante dans l'os, ratant les ligaments, au sang qui gicle, glissant sur la matière jaune et gluante du peu de graisse qui enveloppe les tendons de mes muscles, avec une grosse envie de dormir, d'un bain chaud et de douze mains fines et délicates qui te frottent le dos et les reins avec des grosses éponges.

Et là y'a un boeuf parmi la masse qui titube plus fort, plus vite que les autres, qui se balance d'une botte sur l'autre, projetant des postillons de bière. Il se ra^pproche, il veut toucher la scène, les musiciens, il veut toucher la musique avec ses mains épaisses et sales, il s'avance et glisse, il bute contre le coin des palettes et s'effondre d'un coup cisaillé, fauché dans son élan, renversant du bras l'ampli de retour de l'harmonica avec les harmos posés dessus et qui s'éparpillent dans la boue alentour. Les jambes volent, la tête frappe le coin de la palette, pile sur l'arête du nez, ce qui provoque un brusque bouillon de sang. Y'a du sang partout, de la bière, de la boue, plein au sol parmi les cableset les pédales d'effet.

Là tu sais que ta soirée n'est pas finie, qu'en plus d'en chier encore trois bonnes heures à envoyer du gaz dans le froid et l'humidité, t'en auras encore pour plus d'une heure à ranger les amplis et la sono, à essuyer tous les cables, tout le matériel, parce que le sang et la bière ça colle et ça pue après dans la valise, et puis t'as les mains dégueulasses après, que tu peux même plus te gratter le nez sans t'en foutre partout parce que y'a pas un point d'eau à dix lieux à la ronde et que si tu veux te laver les mains c'est à la bière.

Voila, c'est ça le rock'n'roll. Donc avis à tous ceux qui s'imaginent qu'être rocker c'est faire comme les Rollins Stones avec trente camions, 200 roadies et vingt groupies très chaudes chacun et bien ils se foutent le manche de la basse dans le cul et bien profond, c'est pas tous les jours Olympia et tralala...

par charli publié dans : charlicom
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Lundi 11 décembre 2006

Quelques infos concernant donc ce fameux live où justement Michel Herblin "le God" est venu y poser son ruine-babines, un concert exeptionnel dans la mesure où "le God" Michel est venu assurer le gig au pied levé, sans répétition.

La pochette (voir article "mais alors ?") est un clin d'oeil évidemment au film de Roberto Rodriguez "Une nuit en enfer 1", et plus particulièrement à la scène où Salma Hayeck envoie une danse des plus sulfureuses sur un morceau de Tito & Tarentula "After Dark", ultra culte !

C'est lors de ce concert que Chien d'Ivrogne présenta pour la première fois sa version du tube de Mike Brand, "Rien qu'une goutte au bout de ma queue", morceau malheureusement non inscrit à l'album.

FICHE TECHNIQUE de l'album, enregistré le 24/03/2006 au bar "L'Hacienda" à Angoulême

10 titres :

1- Canyon

2 - J'peux plus faire mon devoir maintenant à la maison

3 - Aide moi

4 - Assis sur le trône

5 - Quand je fais des va et viens

6 - Suzie Cul

7 - Sur la motte encore

8 - Rend moi mon caleçon

9 - J'ai même pas peur

10 - S'coue moi l'bout (hou hou)

par charli publié dans : charlicom
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Lundi 11 décembre 2006

C'est vrai que je vous ai passé la pochette du dernier live "Twist' n' Chatte à l'Hacienda" sans vous donner de détails, quel bourrin.

Et comme parler des Chien d'Ivrogne c'est comme ranger son atelier après avoir fumé un pétard (tu commence par ranger une pile de papier, tu finis trois heures après sans savoir ce que tu en as fait), je vais tout d'abord vous préciser le line-up des Hien d'Ivrogne suivant les saisons :

Saison 1 (a l'origine, fin 1996)

- guitare-chant : Charli Oldburn

- basse-choeurs : Troub's

- harmonica : Marco Ventolino (le seul harmoniciste asthmatique capable de jouer tout en mangeant un sandwiche au pâté, si si il l'a fait, en concert en plus)

- batterie : Zil (actuellement chanteur des Hound Dogs) puis Adam Richard (batteur d'Ozzie Gold)

Saison 2 (first album, 2000)

les mêmes sauf :

- batterie : David Beauval (actuellement bassiste de Jawbreaker, voir www.jawbreaker.fr) En fait David joue un peu de tout, chez Chien d'Ivrogne ils aiment bien s'entourer de vrais musiciens, ça cautionne pour pouvoir raconter des conneries après en concert. On l'avait rencontré à l'époque du Orgasmic Blues Band, groupe aléatoire autour de Mister Tchang (www.mistertchang.com), ça changeait tout le temps de batteur, à chaque concert, des fois y'en avait même pas. et David lors d'un concert s'était sifflé en jouant plus de la moitié de la bouteille de whisky qu'on avait planqué derrière, là tu te dis y'a un musicien, un vrai)

Saison 3 (second album, "Live Pirate" 2004)

les mêmes sauf :

- batterie : Eric Batard ("LE" batteur fou, genre Keith Moon, d'ailleurs il a pété les plombs un soir de concert, c'était rock'n'roll, il donnait des coups de pieds dans sa batterie en hurlant, en insultant tout le monde. Il voulait se battre aussi avec tout le monde. C'était folklo. Ca faisait 2 ans que ça tournait et plutôt bien, mais mélanger une bouteille de Cognac avec des antidépresseurs, ça peut surprendre. En fait on a arrêté avec Eric, vu qu'il était rendu après à l'HP et puis quand les concerts commencent à devenir "out of control" c'est chaud pour vendre ton spectacle. Dommage sans doute le meilleur batteur de Chien d'Ivrogne, le nom prédestiné en plus...)

Saison 4 (troisième album "Twiwt'n ' Chatte à l'Hacienda")

les mêmes sauf :

- batterie : Simon Fernie (ex batteur de Jester, Seynie & Yeliba, batteur de Bump et des Hound Dogs, un vrai musicien, la caution. Simon il est blanc Sud-africain genre Johnny Clegg, c'est marrant un sud-africain, il apas le même humour que le con de français, en fait il connait pas l'humour français, il le comprend pas mais ça le fait marrer quand même, et nous aussi car il essaie de faire pareil que le con de français mais c'est à chaque fois foireux. Un batteur hors pair, super technique, de la confiture donné à des gorets)

- harmonica : Michel Herblin ("LE" monsieur harmonica, www.herblin.com , la grande classe, la pointure, et grand gagnant au festival international d'harmo de Belgique, où ses blagues ont fait un tabac. Michel c'est la nouvelle caution musicale de Chien d'Ivrogne, y'a bien besoin surtout quand les autres musiciens sont bourrés, genre le bassiste par exemple)

Par contre il y a eu plein d'interimaires pour les concerts dont :

Mister Tchang (guitare et basse)

Nicolas Estor (batterie)

Micky Finn (guitare)

Ludo Guichard (guitare)

Philippe Nicolas (batterie)

Thomas Ottogalli (guitare)

Paul Cort (basse)

Sylvain Puccinelli (basse)

Hervé Fowdor (guitare)

Sven Povelsen (harmonica)

Un grand merci à eux tout de même pour avoir osé mettre en jeu leur honorabilité en se fourvoyant avec notre meute d'arsouilles.

 

 

par charli publié dans : charlicom
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Samedi 9 décembre 2006

Voici les Chien d'Ivrogne cuvée 2004.

Vous noterez le goût prononcé pour le costume de scène. Normal, les Chien d'Ivrogne étaient de sortie, ils avaient mis leur chemise du dimanche, celles dont les couleurs sont encore pas trop passées. Y'a juste l'harmoniciste Marco Ventolino au premier planqui lui arobore un superbe tee-shirt immaculé et un pantalon en toile vierge, là il s'est sacrément déchiré pour l'occasion, propre comme une fesse de nonne !

Vous noterez l'heure de journée qui explique peut être l'état à peu près convenable de nos artistes. Il faut savoir que plus on s'enfonce dans la soirée, plus l'état de Chien d'Ivrogne empire, mais celà fera matière à d'autres révélations. Sur la photo on distingue bien les musiciens en plein travail de jeu de scène, domaine sur lequel ils sont particulièrement efficace, en l'occurence ici où ils développent une splendide interprétation du jeu interactif avec le public du "tu l'as vu ? mon cul".

Cette photo provient des archives de la tournée estivale 2004, ici sur la côte vendéenne au Zenith démontable sur roues de Brétignolles sur mer (haaa la mer...), au formidable Festival Rock'n'Beer (spéciale baccanale "Du rock et de la bière", tradition ancestrale locale héritée du romain Bretignollus qui fit bâtir au début de notre ère un coliseum à bière sur  la  côte pour nourrir les populations en festivités et autres libations, l'idée fût tellement sensationnelle que Néron, un soir de beuverie, de passage dans le coin, en piqua le concept et le rapporta à Rome pour en faire le thème de ses samedi soirs "Du pain et des jeux", sorte de Star Academy de l'époque).

 

par charli publié dans : charlicom
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Vendredi 8 décembre 2006

Si on nous a menti quant à la véritable mission du blues, mais alors Chien d'Ivrogne est là pour rétablir la vérité, pour rétablir la bonne parole, la mission essentielle à toute civilisation festive, rétablir le rite païen de la fécondité, creuset fondamental et ciment de toute communauté, véritables croisés du rythme intense, prêcheurs de la langue active, franciscains de la toile de jute, hérauts pourfendeurs de la molle guimauve ?

Et oui, Chien d'Ivrogne est tout ça. Et c'est pas facile tout les jours. Même que parfois des jaloux, des intriguants, des tordus, des comploteurs cherchent à leur savonner les planches, à les confondre dans la difficulté, à leur inoculer le doute dans la lueur merveilleuse qu'ils suivent sur le chemin de l'amour à plusieurs, comme l'humble ramasseur d'escargots suit cette maigre ligne luisante qui le conduit à l'objet de sa quête. Oui, certains cherchent à nuire à cette divine mission, en cherchant à les saouler impunément, leur verser des breuvages à coucher un cheval. Et oui la chair est faible, d'autant plus faible quand le gosier est sec.

Un peu d'image en attendant les prochaines révélations, mais qui se cache sous cette bannière turgescente ?

Voici la pochette du dernier album de Chien d'Ivrogne, encore un live, Chien d'Ivrogne ne pouvant se laisser enfermer dans un formatage de studio. 

par charli publié dans : charlicom
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