Bonne acnée suite

Publié le par charli

Johnny Hallyday "le traître" chantait "Dans les villes de grande solitude". Parfois on peut réduire cet état à de simples moments de grande solitude, vous savez, des fois où on se met dans une situation de grand ridicule ou au mieux d'inconfort.

Je n'aime généralement pas ce type de situation, sauf pour en rire, des autres bien sûr. D'ailleurs je dirais même que j'adore en rire de ces situations, j'en jubile, je m'en flatte le zigomatique avec une délectation proche de l'extase et de la transe extatique, en un mot je jouis à être témoin de ce type de situation. Par exemple le mec qui se prend une pancarte dans la rue, ou le jeune qui tombe à vélo en voulant frimer, tous les trucs genre vidéo gag, ou bien également en provoquant ces situations par la surprise genre surprendre une nana qui fait pipi entre deux voitures et lui dire bonjour avec un large sourire (hé hé, là ça tue surtout quand sa copine n'est jamais très loin).

Bon, ce 31 décembre, c'est moi qui me suis mis en scène, qui a régalé l'assistance, et là j'aurais aimé être mon propre témoin parce que là je m'aurais vraiment marré. D'ailleurs je sais même pas si on m'a vu, trente secondes après j'avais disparu pour aller changer de visage, de tenue, d'identité, de galaxie, d'espace-temps. 

Il faut remettre les éléments en place. Comme je vous l'avais déjà énoncé plus bas j'en étais arrivé à la phase whisky après celles de téquila, bière, vins, champ', etc... Donc j'étais déjà sacrément chargé, bien imbibé même, et là bien callé dans ma chauffeuse en boîte de nuit à 6h du matin, je sirotais du bout des lèvres mon double whisky on the rocks, non seulement je ne voulais pas y adjoindre du coca pour ne pas être malade, je trouve ça indigeste, mais surtout il n'y avais plus de place dans le verre avec les glaçons. Donc enfoncé dans la mousse du fauteuil d'angle je trempais légèrement mon blair dans ma coupe en perdant mon regard double dans le feu virevoltant des éclairages au rytme assourdissant des "boum tchaka boum". Parfois il suffit de l'écoute d'un simple morceau de musique indigeste pour vous faire basculer dans la face sombre de l'écoeurement qui précède le Bad Trip, ou même, bien chargé, simplement de son évocation pour vous faire basculer.

D'ailleurs ça me rappelle une soirée où j'étais dehors à me vider la vessie quand un pote sortit en titubant, pas au mieux de sa forme. Me narrant son état en quelques mots bredouillés j'en déduisis aussitôt que la cause de son malaise remontait à l'apéro, en effet on s'était baffré affamés pour s'éponger d'un saucisson bas de gamme extrêmement gras. Tout en égouttant allègrement mon canelloni je lui affirmai haut et fort cette déduction en insistant sur le caractère très gras et écoeurant du saucisson, et lui de me couper aussitôt sentant à cette simple évocation le mal s'amplifier de façon magistrale. Bien évidemment, vicieux de nature, je ne laissa pas s'échapper une situation aussi merveilleusement offerte ; je rembrayai aussitôt sur la nature de ce fameux saucisson, décrivant le hachage, le manque de maigre, son côté trop salé, le surplus de salpètre, la fabrication même honteuse de ces prétendus saucissons, le manque d'hygiène, etc... Le résultat ne tarda pad, comme mû d'une profonde secousse de l'oesophage ce brave Payon (je ne donne pas son vrai nom par pudeur) m'alerta de l'imminence du surplus, du trop-plein de son malaise, et moi comme excité, grisé par ce fait, comme au comble d'une scène, d'une danse érotique, j'utilisai alors le mot, le verbe, l'intonation, comme on donnerai des coups de reins afin d'accéder à la jouissance, répétant comme habité de la conscience d'une issue certaine l'invocation  "saucisson, saucisson, saucisson..." et lui plié en deux "non, non, arrête, bleûûrrahhh... bleûûâârrhh..."...

Qu'est ce qu'on se marre maintenant quand on y pense. Donc moi moulé hagard dans ma chauffeuse ce 1er janvier très tôt, j'eu l'idée de rajouter encore du glaçon pour diluer encore un peu ce whisky merdique qui me brûait la gorge. Je me hissai péniblement tenant mon verre de la main droite, utilisant mon bras gauche comme levier. Le corps en suspension, penché à mi parcours je tendai alors le bras (gauche) vers le seau à glaçons, imprimant alors à ce pauvre corps en équilibre une légère inclinaison vers le côté gauche, au dessus de la table suffisamment encombrée de verres et bouteilles en tout genre.

Là, soudain, je sentis partir mon buste vers cette direction dangereuse, fulgurance de la conscience, verre brisé, sang qui gicle, chairs entaillées. Je rétablis soudain ce déséquilibre par un rapide mouvement du bras droit, tenant toujours fermement le verre, le ramenant vers mon torse. Calcul prévisible et positif, je modifiai fort heureusement sur le plan horizontal la trajectoire de mon déséquilibre. Mais paramètre parasite, manquement fatal dans l'évaluation de la situation, la masse de mon corps, toujours en suspension, suite au rétablissement du plan de bascule, se mit soudainement à accélérer sa course dans la direction opposée, proportionnellement à l'impulsion soudaine de mon bras droit replié contre moi. Mon corps partit alors en quart de vrille, flottant un temps au dessus de la table pour piquer d'un coup vers la moquette du sol. N'ayant plus de bras à disposition pour amortir ma chute, ce fût mon front qui alla s'écraser lourdement par terre sur la moquette synthétique, mon verre sauf hissé par dessus moi fort heureusement, réflexe royal de sauver les meubles. Mais ce mouvement violent, soudain, n'allait pas en rester là. Pris dans la tourmente de ma chute, roulant légèrement pour amorcer un soupçon de sauvetage dans l'espoir de me relever rapidement, je me renversai alors le verre de whisky au dessus de moi sur la face gauche de ma tête, m'aspergeant l'oeil, aveugle pour un temps, celui de ne pas voir les potes se fendre la gueule de ce bienheureux spectacle.

Ainsi démarra ma nouvelle année.

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