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Publié le par charli

Notre bassiste c'est un poète, vous pouvez aller voir son travail de dessin sur son site www.chez-troubs.com, c'est aussi un sacré soiffard, comme nous d'ailleurs.

Il arriva donc bien atteint, et quand je dis bien atteint c'est cramé, genre à haute dose, ça allait être folklo. Nous allâment nous désaltérer sur le champ pour prendre quelques nouvelles des vendanges, qualité du fruit, de la grappe, du poids... Au même moment José Bové entamait son discours sur les OGM devant deux cent personnes agglutinées sur les quelques chaises devant la scène, les fans. En fait la différence entre les fans de José Bové et ceux de par exemple Marylin Manson est une question de vitesse, mais l'intention reste exactement la même. Le fan aura toujours tendance à se précipiter au premier rang, aux pieds de son idole, pour le toucher, le vénérer, pour José Bové les fans se précipitent également mais plus lentement, avec retenue. Ainsi on observe cette belle population de vieux babas embourgeoisés, pseudo intellectuels de gauche consensuelle, profs d'anglais et de SVT, fonctionnaires syndiqués, producteurs de rillettes sucrées,... comme dans un film panique au ralenti investir les chaises, chaque mouvement mesuré, calculé, maîtrisant chaque geste avec une volonté à faire trembler les montagnes, genre "bouge, cette chaise est à moi, je l'ai vu en premier" avec une courtoisie infiniment feinte, le "pardonnn..." fleuri qui sous entend "dégage !".

Les fans étaient en place, satisfaits, boire enfin les paroles du divin moustachu. Le discours passait dans le micro, donc dans la sono, pas besoin d'être aux premiers rangs, on l'entendait de la buvette. Là y'avait moins foule, on était les mieux placés, comme au dessus des nuages à pisser sur les ouailles. De là notre Troubs éméché c'est mis à interpeller José Bové "José ! Une pipe !! ". Bon Dieu, quelle marrade, on était pliés en deux. Les gens les plus proches se retournèrent nous fusillant du regard, d'autres rigolards, la majeure partie de l'assistance tétanisée par l'enjeu d'une telle interpellation, le gourou allait t'il s'arrêter ? se fâcher ? quitter sur le champ un tel raout ? conspuer une organisation aussi lamentable ? "José ! une pipe ! " reprenait à nouveau, d'une voix nasillarde venant du bar.

Nous le fîmes taire. On allait jouer juste derrière José, sur la même chaise, avec le même public, fallait quand même pas trop se mettre à dos cette assistance passionnée. Nous allâmes donc manger pour éponger. José abordait la Chine, les enjeux du riz, et Monsanto avec ses brevets.

Vin bio, Cognac bio, bière bio, une impression bienveillante d'une nature chaleureuse nous envahissait l'intérieur. On installait le matériel sur scène tranquillement. Le discours de José avait pris fin, deux heures de speech le gars, plus du question réponse, respect, il avait bien mérité sa pipe.

Là c'est Riton la frappe, notre batteur fou de l'époque, genre le Jean-Marie du Muppet's.

On avait pas eu le temps de faire une balance avant le discours du maître, fallait pas non plus le déranger. Alors on a monté le matos à la va-vite, concocté une balance potable avec le sonorisateur sur place. D'ailleurs le concert allait être enregistré. Plus tard quand on a demandé au gars les bandes, ils nous a dit que c'était pas exploitable, ça renseigne sur la qualité de la prestation, il a du galéré. Nous on s'est marré, et on a joué fort.

On a démarré le concert sur un hommage à José. La reprise de "Roulez bourrés" d'Au Bonheur des Dames avec des paroles sur José Bové. Ca démarrait fort, les gens appréciaient, souriaient. Puis on a embrayé sur notre répertoire, les morceaux les plus soft en entrée, "Canyon" (hommage à Christie Canyon, ex star du X américain), puis "Devoir à la maison" adaptation d'"Homework" à la sauce Chien d'Ivrogne, extrait :

"...J'peux plus dormir

Je fais des cauchemards

Je suis un naufragé entre tes deux nibards

Je m'essouffle et m'enfonce

Au milieu de ta brousse

Y'a un volcan qui fume sa lave m'éclabousse..."

La sauce semblait prendre, encore que les gens avaient du mal à saisir la teneur de notre démarche, le son était pas super, pas assez de retour sur scène, on gueulaient comme des gorets qu'on égorge, dans le vent de nos postillons de bière. On se marrait bien, surtout qu'on aime bien discuter avec le public, raconter des blagues, des devinettes. On réclamait sans cesse des bières, on vantait les qualités bio de notre rock'n'roll, du pur son nourri au terroir, bière et gnole. Quand on a entamé "J'ai un gros gland", là ça a commencé à déraper.

(a suivre...)

Publié dans charlicom

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