concert bio suite...

Publié le par charli

Pour l'occasion, vu que José Bové était là, la télé régionale avait fait le déplacement, peut être même que le gratin politique de gauche du coin était là aussi. Un évènement comme ça ne se loupe pas, l'occasion de se frotter au gourou de la confédération le tout retransmis à l'heure du repas dans tous les foyers du coin, trop classe, ça dope l'effet électoral, le genre VIP incontournable, ça vaut largement 15 photos de sa tronche dans le bulletin trimestriel payé par la région, là c'est tout pour sa gueule, le coup en solo style tête de liste.

Bref y'avait du beau monde, ça on le voyait. Alors évidemment déjà dans l'annonce Chien d'Ivrogne fallait la prendre au second degré. Ils étaient tous assis devant, petit sourire en coin, de ceux qui ont déjà compris, le complice de naissance, le "Je vous ai compris" de De Gaulle, qui te jette après à la Seine par derrière.

Au bout de 15 minutes les sourires commençaient à se crisper, non pas par pudibonderie, mais sous le coup des décibels. Faut dire qu'on est un peu crétins, on s'emporte, on gueule, on s'agite, on transpire, alors on boit, on gueule encore plus fort ,on s'entend plus, on appuie d'avantage les notes, puis on monte le son directement sur les amplis vu que le sonorisateur veut pas monter les retours, ça monte automatiquement la facade et ça devient le bordel à gérer.

Là ça allait encore, j'avais pété déjà deux cordes au bout de vingt minutes, l'occasion de raconter des blagues graveleuses. On embraye sur le tube, notre gros tube, fait pour toucher le maximum de public, vu qu'on aime bien toucher le public, surtout féminin. Une mesure d'intro, premier couplet, refrain, amorce du second couplet, un punk fait irruption sur scène, s'empare du micro, se met à hurler dedans en remuant dans tous les sens. Un de ses potes le suit, se place derrière le micro des coeurs, ça se met à gueuler n'importe quoi. Nous on se marre, on continue à jouer, liberté d'expression oblige, on est de gauche aussi, si on se met à fliquer nos concerts, autant rejoindre les jeunesses catholiques ou sarkozystes...

Le punk pendu à mon micro s'épuise vite, une gueulante one shot, réaction altermondialiste au vu de l'ambiance "fesses collées" des convenances politiques obligées. Je récupère le flow, remercie l'intervenant, en profite pour balancer deux trois vannes, la salle est chaude, à part les premiers rangs qui se sont désertés en l'espace de 10 secondes, bourgeois et femmes de maris en premiers.

On envoie illico la suite du répertoire, le second punk est toujours perché aux choeurs, pris au jeu, à la scène, c'est vrai que la scène c'est quelque chose, t'es face aux gens, t'es libre, libre d'amuser ou d'emmerder, libre d'être ton propre arbitre.

D'ailleurs à propos d'arbitre, le punk des choeurs se prend soudain à faire comme sur les stades de foot, quand un spectateur surgit à poil sur le terrain. Déboutonne son pantalon, le laisse glisser aux chevilles, fait glisser également son caleçon pour exiber fièrement son outillage reproductif, bien en vue, le faisant gigoter comme un chippendale.

C'est le moment où les techniciens télé ont rangé leur matos, où les derniers officiels ont suivi le mouvement laissant libre les travées de chaises aux jeunes fumeurs de joint qui ont commencé à sortir leur matériel sur leurs genoux. Notre chippendale à crète a dû resté au moins 20 bonnes minutes la bite à l'air, variant les poses, cachant légèrement son engin, le faisant réapparaître, un pur jeu de scène.

On a joué pendant plus de deux heures, on a fini bourrés, hilares, notre à chippendale à nos basques, nous tannant pour qu'on le prenne dans notre groupe pour les prochains concerts, c'était sympa de sa part mais on préfère quand même les choristes au féminin, surtout dans ces circonstances.

Il nous a fallu aussi plus de deux heures pour rentrer, parcourir les à peine 100 kilomètres qui nous ramenaient à la maison. On se doutait bien qu'on allait plus être invité à la fête, mais on avait quand même réussi à réconcilier pendant une petite heure la gauche caviar à la gauche canettes, la baronnie et les gueux, c'était déjà pas mal comme satisfaction. Et puis de toute façon on s'en foutait quand même largement, politiques et compagnie, tant qu'on peut encore boire à l'oeil et raconter des conneries... 

 

Publié dans charlicom

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