les Chien aux Gabariers

Publié le par charli

Chaque concert des Chien d'Ivrogne est toujours un moment ineffable, petri de sentiments louables et chargé de poésie. Last week, vendredi dernier, l'evenement etait donc ainsi au rendez-vous. Play list classique, les gros tubes, quelques reprises pastiches de choix (Telephone et Mike Brand), on a zappé les Boney M. On a également zappé les deux derniers morceaux, pas suffisamment mis en place, une balade "Pompe moi le pompon" et un bon rock groovy "Envahissant" (le refrain c'est : "Mon amour est envahissant / il devient tout dur trop vite..."), un bon gros morceau prochainement d'anthologie... Et comme à chaque concert des Chien, il y a toujours un fait impromptu, un pétage de plomb, une anecdote... ce coup-ci on le doit à Mr Cooper, anglais fort sympathique fraîchement installé en Charente, et grand amateur de rosé charentais (avec sa femme ils ont dû en siffler plus de 4 litres à eux-deux). Le quidam à la pause m'a soumi la suggestion de pouvoir à l'occasion partager la scène à l'harmonica, amateur à ces heures perdues ou indues. Sur ce j'en transmets la demande à notre sociétaire, Michel "The God" Herblin (www.herblin.com), qui bonne et grande âme en accepte et encourage la demande. Ainsi à la fn du deuxième set voilà donc notre Cooper (de joints ?..) s'armant de son ruine-babines s'enhardir à nos côtés et me lançant la suggestion d'une fumeuse reprise "Knockin'on heavens door" du bien-nommé Dylan l'ancien. Ca tombait plutôt bien, c'est le seul morceau de Dylan l'ancien que je connaisse au niveau des paroles (à écouter en VO sur le bel album "Pat Garret & Billy the Kid", pour les fans de Western à l'ancienne genre "Johnny Guitar" ou "D'ou viens tu Johnny ?"). Trois accords, un quatrième en balance (sol-ré-lam / sol-ré-do) en boucle, avec pour les puristes des "ouhouhouh..." pour les choeurs, et pour les bourrins des "Yeahyeahyeah..." en refrain (version pourrie des Gun'n'roses"). Le morceau démarre, chaloupé, le Cooper se lance aussitôt, enflammé, habité, comme hanté des grandes heures du Dylan L'ancien de l'époque du Albert Hall de 1966 (première prestation électrique) ou du Hard Rain (l'album live considéré comme le plus punk par les fans). Et vlann, vrrooom, revlann !! le Cooper s'embrase, se tord comme un sac plastique jeté au feu, plié en deux, crispé sur son harmo, crachant des notes stridentes et abrasives, gonflant les basses en modulations pleines et grasses, creusant le fond mélodique du morceau comme un bagnard le fond de son cachot à la recherche d'un improbable tunnel. Le public est aux abois, soumi, captivé par cet ensemble hétéroclite massacrant un des plus beaux morceaux de l'héritage folk rock, il faut souligner ici que j'ai un accent anglais des plus lamentables, du niveau à Sarkozy. Michel "The God" invite le Cooper à s'asseoir pour continuer le récital, reprenant à son compte la ligne mélodique, un peu de respiration et d'espace pour une reprise qui se précise de plus en plus punk. N'obéissant qu'à son instinct autodestructeur le novice s'élance à nouveau, empoignant son harmo rageusement, étraignant sa douleur existentielle à des plaintes chromatiques sauvages. Le Cooper se tord à nouveau, pantin désarticulé, bourré comme un coin dans une quadrature improbable de cercle, il s'approche de moi, je recule un chouïa de peur qu'il ne s'écroule sur moi, peur pour ma Gibson Lespaul standard 1983 qui a déjà chuté deux fois (les bouts de manche des Gibson sont très fragiles). Le cooper s'embrase, se penche soudain en deux, murmure d'effroi dans l'assistance, se pencher bourré est très très dangereux, l'alcool se ruant d'un coup à la tête... La scène prend une seconde, à peine, pourtant paraît interminable. Le Cooper soudain bascule en avant, je vois mon verre de bière au pied de la scène (une marche d'une vingtaine de centimètres), il chute dessus le recouvrant totalement, je l'entends se briser sous lui, la tête en avant, continuant à jouer, l'harmonica et micro rivés aux lèvres, il s'étale d'un coup sans moyen d'amortir sa chute, tête en avant, du haut de ses 1m80. La musique s'arrête, on se précipite, on pense au verre de bière (rempli au quart de rosé charentais). Le Cooper est sonné, hagard, bris de verre, pas de sang, étrange. Si, le sang surgit, d'un coup, ruisselle, comme contenu, venu de loin, de cette entaille à l'arrête de son nez sévèrement tordu, cassé, écrasé. Le sang coule, il se frotte, étale le sang sur son visage, sa femme en pleurs. On a peur qu'il se soit enfoncé un morceau de verre dans le nez, appel de pompiers et vidage de bar... Bon, ça s'est bien terminé quand même, le Cooper s'en est tiré avec une belle fracture du nez et est toujours vivant. Grand seigneur il a remboursé le modulateur de volume de Michel qu'il a brisé dans sa chute, et je profite de ce post pour le remercier d'avoir conclu avec belle élégance ce concert et de nous avoir permi de plier le matos plus rapidement que d'ahabitude. Aaaah Rock'n'Roll quand tu nous tiens...

Publié dans charlicom

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article